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Voyage à Berlin

Autore: Cinzia Pierantonelli
Lingue: Francese
Traduit de l'italien par Amélie Ragot.
A quelques jours de l’anniversaire de la réunification, le 3 Octobre 2004, respirons l’air de Berlin, un air fort supportable d’été qui vient de s’achever.
(01/10/2004) “Der Mensch ist ein Ufergucker” “L’homme est attiré par le rivage″, soutient Carmen Niemitz (Berliner Zeitung, N°183, 7/8 Août 2004). En effet, la canicule estivale nous porte vers l’eau et, lorsque l’on se trouve trop éloigné de la mer, l’on recherche alors le calme et la tranquillité de l’eau d’un fleuve qui coule sans bruit, longeant un rivage raide et escarpé duquel, cependant, la sensation de fraîcheur que la seule vue de l’eau procure est totalement euphorisante.
Berlin est une ville immense du Nord de l’Europe, riche en espaces verts et en zones d’eau, à l’instar de la Sprée, le fleuve qui la traverse, et de ses canaux, lacs et étangs dispersés dans la périphérie voisine, une ville peu habituée aux longs été suffocants. Ainsi, la chaleur accablante, qui est ici très contenue, conférant à l’air un taux de sécheresse assez élevé, sur le modèle du climat continental, et qui s’étend sur une période limitée de quelques semaines tout au plus, est mal tolérée. Nombreux sont ceux qui préféreraient die Sonne, ce soleil ténu et délicat dans lequel prévaut l’élément féminin de la fragilité et de la suavité, par opposition à der Mond, la lune, qui se distingue par son genre masculin. L’on peut dès lors en déduire qu’en allemand, la lune s’impose comme élément de force et de vigueur. Pourtant, en été, le soleil berlinois, qu’il soit de forte ou de faible intensité, tarde à s’éclipser, allongeant les jours et les rendant plus riches, tant et si bien qu’en début de soirée, lorsque le soleil est encore haut, l’on peut s’allonger le long des rivages, à l’abri du fleuve ou du lac, pour profiter de la tiédeur des derniers rayons de soleil, se baigner, ou s’adonner aux sports aquatiques. Et il ne faut pas s’étonner s’ils sont nombreux, petits et grands, jeunes et anciens, à se dénuder naturellement et sans la moindre malice.
Puis il convient de prendre un apéritif dans un des innombrables Biergarten, qui aujourd’hui à Berlin sont transformés en Strandbars, afin de créer l’imitation parfaite de ces décors de rêve que sont les belles côtes méridionales sableuses, baignées de soleil, arrosées de sirops et succédanés, où les sons et rencontres des sexes se font omniprésents.
Les plus connus sont le Strandbar Mitte (Kleine Hamburger Str. 16, station du surélevé Hackescher Markt), l’un des premiers du genre qui ait ouvert ses portes dans le quartier du Hackeschen Markt, et qui, à présent, est plus en vogue parmi les jeunes que le mémorable Kreuzberg, ouvert le matin à partir de 10 heures et bondé en permanence. Notons également l’Oststrand, (Muehlen Strasse 24/26, dans le quartier de Friedrichshain, station de la surélevée Warschauer Strasse) où, non content de prendre le soleil, l’on peut s’adonner au volley-ball et à sa gymnastique matinale. Et pourquoi ne pas achever la journée par un dîner sur l’herbe en préparant un barbecue dans les aires du Tiergarten prévues à cet effet. Ce grand parc est coupé par la rue du 17 Juin, une rue glorieuse au centre de laquelle se détache depuis 1939, sur la volonté d’Alfred Speer, la colonne même qui en 1873 fut posée face au Reichstag, et qui présente à son sommet la Victoria dorée consacrant les succès de l’Allemagne sur le Danemark, la France et l’Autriche. Du haut de ses 285 marches, l’œil se perd dans l’immensité verte du parc.
Un peu plus en retrait se trouve une statue plus modeste, mais non moins porteuse de signification. Elle représente un individu en train de hurler en direction de la porte de Brandebourg, et qui, loin de dépeindre un simple gémissement de douleur tel celui exprimé par Munch, lance un appel éloquent aux fous « royal-socialistes », les priant de s’arrêter et de se rallier enfin au capitalisme organisé, source de sécurité, de se rallier à une Allemagne désireuse d’être de nouveau unifiée.
La réunification a déjà plus de dix ans et la statue n’a pas bougé, comme pour souligner que les Allemands de l’Est doivent émettre de nombreux cris pour faire entendre leur voix, tandis que les Allemands de l’Ouest n’ont aucunement besoin de cracher leurs mots.
Une fois passée la Porte de Brandebourg, l’on pénètre dans l’Est mythique, celui-là même qui, jusqu’à il y a quelques années seulement, monocorde et peu bigarré, rappelait vaguement les splendeurs d’un Berlin pôle d’attraction de la scène artistique du début du XX siècle. Pour voir les couleurs du Berlin d’aujourd’hui sous leur plus beau jour, rien ne vaut une promenade à bicyclette. Les pistes cyclables desservent plus ou moins tous les quartiers de la ville, et il existe un respect absolu du cycliste qui trouve indiqués en permanence les parcours qu’il doit suivre. De même, il a accès à une aire s’étalant à perte d’horizon, où se dénichent des angles de vue surprenants sur deux villes grandioses si proches et pourtant si différentes.
Cinzia Pierantonelli
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