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L'Est sur le devant de la scène

Autore: Cinzia Pierantonelli
Lingue: Francese
Traduit de l'italien par Amélie Ragot
 
Le voyage se poursuit au coeur du quartier de Berlin Mitte. Aujourd’hui, l’Est se retrouve sur le devant de la scène. C’est surtout le cas ici, en plein centre de Berlin Mitte, au sein du quartier représentatif de l’époque d’Honecker, l’ultime symbole du royalisme social, où les édifices les plus importants et prestigieux de la métropole furent érigés en masse le long de la grande avenue Unter den Linden (Sous les Tilleuls). La rue commence à la Porte de Brandenburg et rejoint la Karl Liebknecht Straße, dans le bas de laquelle il convient d’observer le symbole le plus pernicieux de ce que fut la RDA, le Palais de la République. En effet, il est fort probable que d’ici peu, celui-ci ne soit plus visible qu’en maquette. La rue mène ensuite à la place Alexandre, un autre exemple d’architecture social-royaliste désuète et attristante.  De l’avenue plantée d’arbres à la grande place, la promenade se révélait alors aussi plaisante et vivante qu’il était possible de le concevoir pour l’époque : l’on y retrouvait la Bibliothèque Nationale, l’Université Humboldt, l’Opéra, le Centre Culturel Français, le monument aux Morts, l’île des Musées, le Zeughaus, mais également l’ambassade de l’Union Soviétique, l’ultime limite infranchissable gardée avec faste par les sentinelles russes assemblées en rang serrés, au point d’occulter le barrage qui précédait la Porte de Brandenbourg. D’autres ambassades étaient également présentes sur l’avenue, parmi lesquelles l’Ambassade d’Italie, ainsi que certains des magasins les plus attrayants de la ville, autant de librairies et de magasins de disques où le touriste de passage finissait par dépenser ses 25 marks de frais de change journaliers obligatoires. L’on pouvait s’asseoir aux terrasses des cafés, comme à Paris. Des serveuses de tout âge y portaient indifféremment les mêmes bottines et tabliers noirs assortis à leur regard peu conciliant et à la rare présence de couleurs en général, produisant ainsi une atmosphère artificielle, bien loin de celle des cafés de la rive gauche. De tout ceci, il ne reste plus que les imposants édifices historiques, encore aujourd’hui au centre de la vie citadine bien que de terne allure en présence d’autant de lumières et de scintillement. C’est ce qui contribue grandement à attirer une foule frénétique, habituée à flâner le long de l’avenue, incessante et bruyante, d’une désinvolture bien différente à l’époque passée. En 1950, le gouvernement de Walter Ulbricht fit démolir ce qui restait du Palais Royal, et il fallut attendre vingt-trois ans pour voir le Palais de la République érigé dans une aile du château, sur le projet de Heinz Graffunder. Peut-être ne restait-il pas grand-chose du château résidentiel bâti en 1443 par l’Electeur Frédéric II de Hohenzollern, ou peut-être aurait-il fallu investir des sommes considérables pour sa reconstruction à une période où l’on devait faire face à des problèmes autrement plus graves. Toujours est-il que la RDA croyait en ce qu’elle avait créé elle-même et jusqu’aux architectures partaient d’une impulsion de rénovation et de confiance envers l’avenir, sous le regard bienveillant de Marx et Engels, immortalisés dans le Parc du Forum, le premier assis et l’autre debout en retrait, là où à une époque apparut le symbole de l’Ancien Régime. Aujourd’hui, les deux géants se font encore face, sans se sentir déplacés en ce lieu. Ils sont habitués à ce que des jeunes du monde entier leur clignent de l’œil, et à ce que les moins jeunes s’évertuent à expliquer à leurs progénitures les raisons qui ont poussé ces deux grands hommes à la révolte. Deux piliers de métal résument les faits d’une histoire récente faite par le peuple qui a cru en ses idéaux et s’est battu pour eux.
Cinzia Pierantonelli
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